• Django Retroman

Gomorra : Voyage au bout de l'enfer




Je viens d'achever le visionnage de la quatrième saison de Gomorra et je me suis dis que c'était peut-être le bon moment pour donner mon avis ( n'engageant que moi ) sur ce petit bijoux italien .


Toujours aussi impitoyable et un brun plus mature , la saison 4 confirme que Gomorra est bel et bien une série de qualité qui ne démérite pas sa place dans la liste des meilleurs séries télévisées sur Allociné .


Ayant été très surpris par le film adapté du roman du même nom par Matteo Garrone en 2008 , j’émettais des réserves quand à son adaptation télévisuelle .


Et je suis bien content de m'être trompé .


Afin de ne pas prendre le risque de spoiler , je ne vais donner que mon ressenti de façon très générale .


Pour commencer j'aimerais rapidement aborder certaines polémiques qui laissent entendre que Gomorra glorifie la mafia .


Personnellement je n'ai rien vu de tel et c'est à un voyage au bout de l'enfer , dans la mafia napolitaine et ses acteurs tous plus crasseux les uns que les autres que nous convie la création de Roberto Saviano .


La série use intelligement de certains clichés pour mieux surprendre le spectateur et brouille astucieusement les pistes .


On serait tenté de dire que Gomorra est porté par son duo d'acteur à savoir Marco d'Amorre et Salvatore Esposito interprétant respectivement Ciro et Genna , mais ce serait faire abstraction de l'ensemble de la distribution qui sur quatre saisons offre un large panel de personnages charismatiques , hauts en couleur et surtout authentiques .


Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si certains d'entre eux ont déja " baigné" dans le milieu du banditisme napolitain .


Car oui mesdames et messieurs , nous plongeons au coeur de Naples et des napolitains avec leurs accents et expressions si particuliers .


Gomorra c'est également l'occasion de briser certains codes propres aux oeuvres sur la mafia .


On oublie les costards cravates façon Piti Uomo et on dit bonjour aux perfectos , bombers et vestes en denim .





A ce sujet , l'introduction du groupe d'Enzo " sang bleu " en troisième saison est une façon très intelligente de nous faire comprendre que l'âge d'or de la mafia " classique" est révolu et c'est désormais des hipsters en baggys , tatouages et undercut qui dominent le game .


Le traitement accordé aux femmes est également une bonne surprise , et l'évolution de certains personnages féminins , notamment Patrizia fait écho à l'attitude très machiste de certains protagonistes .





Il m'est arrivé de lire quelques articles comparant Gomorra à la cultissime série The Wire .


Autant vous dire que je garde toujours une distance lorsque l'on compare deux oeuvres mais pour le coup , je dois bien avouer que certains aspects du show italien se rapprochent de la série culte d'HBO .


Là où chaque saison de The Wire nous proposait différents facettes et thématiques propres à Baltimore ; Le trafic dans les tours , la vie ouvrière du port , le système éducatif , les médias ou encore la politique locale , celles saisons de Gomorra concentrent leurs intrigues dans divers endroits de Naples pour rendre compte d'un système mafieux tentaculaire et légendaire .


Si la première saison se concentre de façon on ne peut plus logique sur le clan des Savastanos et la main mise qu'ils ont sur Secondigliano , les saisons suivantes prennent un virage relativement différent mais qui s'avèrent finalement toutes connectées entre elles .


The Wire et Gomorra ont également en commun une approche non manichéenne , de nombreux seconds rôles parlants , et un aspect quasiment documentaire .


Là où la caméra de la série HBO était souvent placée à hauteur d'homme ou adoptait un point de vue explicite , celle de Gomorra semble parfois s'envoler pour accompagner les protagonistes dans leurs actions à la manière d'un drône ou d'un travelling pour plonger le spectateur au coeur de l'intrigue comme il pourrait l'être dans un reportage d'investigation ou une retranscription sportive .


Certains plan flirtent avec un lyrisme voire un onirisme que ne renieraient pas Gaspard Noé , Nicolas Wedding Refn ou encore Terrence Mallick .


Cette impression est renforcée par la bande originale composée par Mokadelic , groupe de rock post rock italien .


A la différence de bon nombre de productions , les musiques de Gomorra tirent leur épingle du jeux en étant à la fois minimalistes et industrielles .


Je ne saurais que trop vous conseiller le theme principal de la série , Doomed to live qui vient clôturer tout les épisodes .





La photographie est de très haute volé et les nombreuses scènes nocturnes sont sublimées par des éclairages et des décors naturels particulièrement bien choisis .


A l'instar de The Wire , Gomorra s'offre également quelques épisodes hors Italie , ainsi nous embarquons pour l'Equateur , l'Espagne , le sud de la France ( Menton , à côté de chez moi ! ) Londres ou encore Sofia .


L'épisode se déroulant à Sofia est un de mes préférés par son côté Taxis Driver .


Je n'en dirai pas plus .


La force de Gomorra c'est également de ne pas rester sur ses acquis et prendre à contrepied les attentes des fans .


Du contre fan-service en somme .


Et à l'heure où de moins en moins de séries prennent de risques de peur de froisser son auditoire , y compris des séries à la renommée internationale , ( suivez mon regard ) c'est pour le moins rafraîchissant .





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